Les 4, 5 et 6 mars 1 373
J1 : Deuxième nuit dans l’hôtel luxueux du Lac Inlé terminée… Il faut donc partir.
Prochaine étape : Pindaya, sa grotte et son festival. On essaye de réserver un hôtel à l’avance car on a bien peur que tout soit complet et vue la difficulté à se déplacer, on préfère protéger nos arrières. Impossible de téléphoner depuis l’hôtel, pas de réseau. On petit déjeune avant de naviguer pour la dernière fois sur le lac. Pour couronner notre visite, on a l’immense joie de croiser des pêcheurs avec leurs fameuses nasses !

On les avait guettés sans succès depuis notre arrivée. On a enfin le cliché d’Epinal même si on ne manque pas de photos du lac !!!
Puis on débarque et on regagne la station de bus à pied. On a une bonne journée de transport devant nous et on ne veut pas traîner. A la station, il y a une dame-téléphone, trop cool. On peut réserver une chambre à Pindaya, c’est donc parti pour le festival !
On monte dans un premier truck pour regagner la jonction puis dans un deuxième pour nous rendre à Taunggyi, un peu à l’opposé mais parait-il qu’il y a un bus direct pour Pindaya qui part à 13h30. On roule une bonne heure dans un truck surbondé, sportif ! On compte et on atteint le nombre de 28 passagers visibles. On ne sait pas combien il y en a sur le toit !!! C’est de la folie les transports, ici…
Une fois arrivés à bon port, on se retrouve un peu désorienté car ici personne ne semble parler l’anglais. On tâtonne 15 min à la recherche de la station de bus de Pindaya. Finalement c’est un jeune maîtrisant approximativement l’anglais qui nous accoste avec son truck. Il nous comprend et nous dit qu’il nous emmène gratos à la station. On est trop content mais pas bien sûr d’avoir bien compris et de l’avoir été.
5 min plus tard nous voilà rassuré car on voit deux trois bus. Le jeune nous aide aussi à trouver le bon mais le problème c’est qu’ils sont complets !!! Festival oblige… Nous voilà bloqué à Taunggyi. Le jeune cherche un autre bus mais rien à faire : les deux sont FULL !!! La solution que le jeune nous trouve est de reprendre un autre truck pour retourner de là où l’on vient pour aller à Augban et de là, prendre un autre bus pour Pindaya. On est venu à Taunggyi pour rien… On remercie bien ce jeune si gentil qui nous aura bien aidé et on se pose pour réfléchir.
Juju décide d’essayer la méthode du forcing… On ne comprend pas bien la notion de « plein » en Birmanie vu le taux de remplissage incroyable. Notre seule chance, même si il n’y a pas de siège libre pour nous dans le bus, c’est de se tasser comme les locaux. On insiste au premier bus, sans succès… On insiste au deuxième et on arrive à nos fins… La dame accepte de nous mettre deux tabourets en plastique dans le couloir. Sauvés !!! On peut donc s’occuper d’acheter à manger (quelques chips et gâteaux) et se quicher dans le bus. Ce qu’on n’avait pas prévu c’est que dans le couloir y’a des sacs de riz, des cartons et des gamins… On n’est vraiment à l’étroit, partageant notre mini-tabouret avec les locaux. Les gens hallucinent de nous voir là avec eux… Et puis juste avant de démarrer, par un coup de baguette magique, deux sièges se libèrent et les gens du bus nous font comprendre de les prendre. Trop gentils ces birmans.
On devient une fois de plus l’attraction et tout le monde se marre de nous voir nous faufiler dans le couloir avec nos sacs, dans un amas d’humains et de cartons. On se cale avec toutes nos affaires et c’est parti pour soi-disant une heure et demie…
On roule à travers un paysage qui a des airs de savane africaine et on sent qu’on s’enfonce dans la Birmanie rurale. On découvre les chars à bœufs et des habitats bien rudimentaires. C’est un spectacle permanent. On évolue entre pagodes dorées au milieu des cocotiers et vie de la campagne. La route devient de plus en plus chaotique. On roule pendant 3h30, assez mal installés, et la dernière heure devient vraiment pénible. On est bien content de se déplier pour sortir du bus et on part à pied vers l’hôtel, pour se dégourdir les jambes mais on est chargé comme des mules. Le golden cave hôtel est plutôt sympa et on est ravi de découvrir les petits pétales de fleurs qui ornent notre oreiller.
Mais le patron nous apprend bien vite que l’hôtel se situe à 300 m du festival et qu’ici un festival c’est 24h/24, non-stop. Va y’avoir de la musique toute la nuit .Ce n’est pas pour enchanter Soso mais on n’a pas le choix. On décide, vue l’heure tardive, de se reposer et de sortir ce soir pour manger un bout dans le festival. On visitera la grotte demain. Juju organise tout ça avec le patron de l’hôtel. On est surpris en découvrant le festival qu’il a l’air d’une fête foraine plus que d’un festival pour la pleine lune.
Il y a des stands, des gens bourrés et même une grande roue. Mais alors pas n’importe quelle grande roue. C’est une grande roue à propulsion humaine.

On s’explique, ce sont des jeunes gars qui font contre-poids pour l’actionner, du jamais vu !!! La vidéo parlera d’elle-même… On mange de la friture en tout genre et on déambule dans la foule.

On est les seuls toutous et les locaux ont toujours le même regard quand ils croisent Juju. On se voit même offrir des autocollants de Aung San Suu Ky, la classe !!! Signe aussi que les choses changent vraiment dans le pays. On respire avec les birmans un vent de folie et de liberté. C’est agréable de les voir si confiants et heureux. On se couche en espérant que la dame dont on devait taire le nom sera vraiment à la hauteur des espérances de son peuple et que l’ouverture de la Birmanie, imminente, n’altérera pas la gentillesse et l’amabilité de ses habitants… On a le droit de rêver… Bonne nuit….
J2 : On déjeune et on saute sur les deux scoot’ qui nous montent au parking de la grotte.

On grimpe les derniers mètres et on se hisse jusqu’à l’entrée de la grotte avec l’ascenseur ultra-moderne et pas des plus réussis… On pénètre dans la grotte et on est époustouflé parce que l’on voit des centaines de bouddhas, de toutes tailles et positions, collés les uns aux autres dans une immense cavité rocheuse.

C’est la caverne de bouddha-baba !!! Soso commence à mitrailler mais elle ne sait pas où donner de l’objectif. Juju se promène et n’en croit pas ses yeux. La grotte ne se résume pas à la première salle et semble infinie.

Ce ne sont pas des centaines de bouddhas mais des milliers qui trônent paisiblement ici. Cette caverne est labyrinthique… Il y a des chemins qui partent dans toutes les directions, qui montent, qui descendent, qui zig-zag !!! On se laisse perdre dans ce dédale avec joie et on mitraille à tous les coins de rues !!!

Ce spectacle est grandiose et nous y restons plus d’une heure et demie… On ressort et on admire le point de vue. Il est temps de redescendre à pied et de regagner l’hôtel où nous attendent les deux scoot’ pour prendre le bus pour Kalaw. On arrive à l’heure au rendez-vous, mais le truck attend d’être complet. En attendant, Soso ukule et Juju tire le portrait de l’animation de rue.

On se paye des places dans le cockpit (pour 50 centimes, on aurait tort de s’en priver…) croyant être mieux installé. Loupé !!! On est complètement compressés et Soso se retrouve avec le levier de vitesse entre les jambes et le monsieur évite au maximum de changer les rapports… On passe le voyage à danser d’une fesse sur l’autre. Les transports en Birmanie, c’est du sport. A 20 min de l’arrivée, on entend un bruit bizarre sous la voiture : c’est la panne !!! La première du voyage ! On s’estime très chanceux surtout qu’ils la réparent en moins de 5 min, juste le temps de se dégourdir les jambes…

Le conducteur invite malignement Juju à changer de place et à prendre le levier entre ses jambes… On arrive à Aungban où l’on doit changer de transport pour Kalaw. On décide de s’arrêter y manger un bout et on a bien raison. On s’y fait le meilleur boui-boui depuis le début de ce séjour birman. La dame nous offre même des fraises en dessert. Puis on prend un tuk-tuk pour les derniers 10 kms pour Kalaw.
On descend au Golden Lili Hôtel. On s’installe et on se renseigne pour les treks de demain. Notre guide devrait s’appeler Rambo, on est fan !!! On sélectionne un trek qui a l’air bien, avec visites de tribus. On s’était réservé en Asie la visite de villages tribaux pour la Birmanie, espérant avoir accès à plus d’authenticité. On nous prévoit même la visite d’un chamane… On est ravis, vous imaginez bien ! Seul hic, le prix : 15 € chacun, on trouve ça un peu cher pour la Birmanie. Rambo nous précise qu’il faut payer la nourriture et des médicaments pour les villages. On lui rétorque qu’on a collecté pleins de choses à donner depuis ces deux mois en Asie comme des peignes, du dentifrice, des savons, des crayons… Il ne veut rien savoir et nous explique que demain il donnera des médicaments aux villageois. On accepte le prix dans ces conditions. Ici en plus, la négociation n’est pas trop dans les mœurs…
Une fois les derniers détails arrangés, Soso reste à l’hôtel pour se reposer et laver le linge : vu le prix de la laundry dans ce pays, on la fera nous-même…Pendant ce temps, Juju va arpenter les alentours de Kalaw. Il va d’abord voir la Nee paya et son bambou-bouddha.

Il se voit offrir par les nonnes du monastère à manger et à boire : les célèbres feuilles au mauvais goût inconnu, des graines et du thé. Trop fortes ces nonnes !

Puis Juju se rend à Shwe Oo Min paya. Il finit le bout de route sur un scoot car un local l’y invite. Trop forts ces Birmans ! La paya est jolie mais la grotte qui va avec n’a rien de comparable avec celle de ce matin !!! Ensuite il passe jeter un œil à Hsu Taung Pye paya avant d’aller voir Aung Shan Thar Zedi, la pagode aux mille miroirs.

Pour finir l’après-midi, il monte jusqu’à la Thein Taung paya pour y admirer le coucher de soleil. Quelques gamins qui jouent dans le coin le repèrent ou plutôt repèrent le lumix et s’en suit une séance-photos des plus drôles… Les enfants ne cessent de vouloir se faire photographier, rivalisant de grimaces…

Enfin, Juju retourne retrouver Soso qui ne s’est pas trop reposée et qui à enchaîner lessives, tri de sacs et de la trousse à pharmacie… On ressort pour manger un bout dans un resto typique du Myanmar. On se voit servir une petite dizaine de plats accompagnants le curry. On goûte à tout mais on n’aime pas tout !!! Cette satanée herbe est encore là… On mange jusqu’à plus faim et rentre vite se coucher car demain nous attend un trek de 22 kms, ce qui n’est pas pour rassurer Soso…
J3 : On se lève tranquillement car on a rendez-vous à 9h30. On déjeune pépère et on se prépare pour l’exped’ sous la canicule !!! Notre guide Rambo se décommande et nous présente Guita, sa copine, une souriante népalo-birmane. Première surprise, nous ne serons que trois pour le trek.
On part donc accompagnés uniquement de notre guide qui maîtrise, une de fois de plus, mieux l’anglais que nous, la honte !!! On chemine tranquillement à travers la ville puis on atteint la campagne. Elle ressemble étrangement à la garrigue de chez nous. On a même parfois l’impression d’être dans l’Estérel…

La rando commence doucement. On atteint une grande réserve d’eau.

Toujours pas trace de tribu… Puis avec la chaleur qui nous tombe dessus, cela se corse car on commence la grimpette en plein cagnard. Après deux bonnes heures de marche, nous direz-vous, on est chauds… Soso peine un peu mais l’objectif de se restaurer nous motive. Au cours de la conversation avec Guita, on résout notre enquête sur l’herbe énigmatique. Autant on aime la boire, autant on n’aime pas la manger. En effet cette herbe n’est autre que la feuille de thé vert!!!
Nous voilà enfin arrivés au sommet avec une vue époustouflante sur les montagnes alentours.

On s’installe sous une paillotte pour manger. Nous sommes un peu déçus de ne pas avoir rencontré de tribu pendant cette matinée. Notre déception augmente quand on comprend que Guita ne partagera pas le repas avec nous. Et puis la bouffe arrive. Maigre pitance : deux chappattis chacun et 3 bouts de patates au curry. Juju tire la gueule… On attend patiemment la suite.
Mais quand on voit Guita amener des oranges, ça sent la fin des haricots, c’est sûr !!! Juju en profite pour recommander des chappattis. Puis la tension monte un peu plus quand la serveuse nous demande de payer pour les boissons. On explique à Guita que cela ne nous a pas été expliqué par Rambo, qu’on s’attendait à avoir un peu plus à manger puisqu’il avait ainsi justifié le prix élevé du treck , qu’on voulait voir des villages et surtout des villageois ce matin, qu’on n’avait bien compris qu’elle n’avait pas de médicaments à donner, bref qu’on sentait qu’on s’était un peu fait rouler sur le trek. Guita nous rassure en nous disant qu’on va voir deux villages cet après-midi. En revanche on n’apprend que pour le chamane, c’est pas prévu…
Contrarié mais sachant qu’elle n’y est pour rien, on coupe court à la discussion et on reprend la marche en attente de voir ces fameux villages… Après 30 min de marche, on atteint le premier village qui n’a rien d’un village authentique : mur en brique et tôle ondulée. Les gamins et les femmes ne portent pas d’habits traditionnels. Ca sent définitivement l’arnaque. Guita, faisant de son mieux, nous fait entrer dans une maison où squattent quelques femmes et des gamins. Elles sont très sympathiques et nous reçoivent avec de l’avocat et du thé. Elles obligent aussi Juju à essayer les cigares locaux. Puis arrivent d’autres dames pour nous vendre des sacs et autres pipes. Ca sent un peu l’attrape toutous quand même. On refuse poliment, essayant plutôt de discuter avec les femmes de la maison.
Puis Soso ose sortir le lumix et là tout devient plus facile, de manière un peu surprenante, mais pas tant que ça vue de la journée d’hier : les gamins veulent tous se faire photographier

. Les mamans sont hilares et y passent aussi. Puis Soso a la bonne idée de les filmer. C’est incroyable. Ils se voient comme à la télé et sont tous scotchés. On fait plusieurs films qu’on leur montre à tour de rôle. On lit la joie et la surprise sur leurs visages, c’est touchant… On passe un super moment et puis Guita nous refait prendre le chemin du retour. Dans le deuxième village, on s’arrête juste voir l’école, fermée à cause des vacances. C’est plus que rudimentaire !!!
Et puis on finit le trek par deux bonnes heures encore de crapahute. Soso tire la langue sur la fin qui lui semble interminable mais elle s’accroche. On arrive enfin à l’hôtel vers 18h bien crevés.
On rencontre un couple de français-bretons très sympa avec qui on discute jusqu’au repas. On va ensuite manger dans un resto réputé : le 7 sisters. On se régale de plats shans et birmans dans un joli cadre. On est ravi. C’est de loin le meilleur resto de bouffe birmane que l’on s’est payé.
En se couchant, on fait un peu le bilan de ce trek. On n’en tire la même leçon qu’en Nouvelle Calédonie, qu’en Thaïlande et qu’au Vietnam. Le « tourisme tribal » n’est pas fait pour nous. Ce n’est pas le cadre de véritables rencontres et d’échanges sincères. Les dés sont pipés. Le seul moyen, s’il existe, de rencontrer vraiment des tribus, est de partir par ses propres moyens, loin, très loin des sentiers battus et de se perdre dans la nature. Il nous aura fallu beaucoup de temps et de déceptions pour comprendre cela. Et puis finalement on se demande aussi à quoi ça rime de vouloir rencontrer des tribus, nous occidentaux. Que pouvons-nous leur apporter dans l’échange que l’on souhaite ??? S’il reste des tribus un peu préservées, qu’elles restent le plus longtemps loin du touriste et de notre monde-mode de conso. C’est au final ce qu’on retiendra de ce Tour du Monde en ce qui concerne les « rencontres » avec les tribus !!! Pour nous, l’éthno-tourisme n’a pas de beaux jours devant lui…
